Bonhomme où es-tu?

Je pense que quand je vais être vieille, je vais raconter le bon temps des bonhommes de neige à mes petits-enfants, pis je pense qu’ils vont m’écouter comme si je parlais du Yéti.

Pourtant ça a vraiment existé ce temps où la neige était collante, ce temps où on roulait 3 grosses boules, qu’on partait à la recherche d’une dizaine de p’tites roches égales pis qu’on rentrait avec nos bottes mouillées chercher une carotte dans le garde-manger.

Aujourd’hui, ils sont dans l’allée numéro 5 du Canadian Tire, avec les articles gonflables, ils sont sur les cartes de Noël ou sur les dessins à colorier, bientôt, ils vont faire partie des créatures imaginaires pis les jeunes vont se demander s’ils ont vraiment existé.

Le dernier que j’ai vu avait l’air à l’agonie dans une entrée à peine enneigée. Y’avait plus de terre pis de feuilles mortes que de neige après les deux premières boules pis la troisième était même pas assez grosse pour être ronde pis former une tête. Il fondait à vu d’œil, Il faisait tellement pitié que je l’aurais mis dans mon frigidaire. Ça ressemblait en rien à ces gros bonshommes dodus et enjoués du temps de mon enfance, ceux qui restaient pendant des jours sans même perdre leur forme à moins qu’un p’tit voisin délinquant vienne le trucider à grands coups de pieds.

J’imagine la face de ma descendance quand je vais leur dire qu’on en faisait 2 pis 3 le même soir après le souper, qu’on enfilait notre ensemble de neige par-dessus notre pyjama pis que nos parents nous surveillaient même pas. Vêtu d’un vieux chapeau, d’un foulard volé dans un garde-robe, on lui donnait bonne mine malgré des yeux croches pis un smile avec pas assez de roches.

On dirait que ça fait déjà partie d’une autre époque. Peut-être que j’expliquerai que c’est la faute à l’effet de serre, aux émanations d’azote, au réchauffement planétaire. C’est clairement pas une question de temps, je le sais ben qu’on est plus pressés qu’avant, mais prendre le temps pour un bonhomme c’est toujours le fun.

Elle est où cette belle neige à façonner, que les p’tits
vont me demander. Quand j’étais jeune, elle tombait directement du ciel que je vais répondre avec ma jaquette pis ma vieille face toute ridée, la même face qu’avait ma grand-mère quand elle me racontait qu’au temps de sa jeunesse, on pouvait boire de l’eau à même les rivières, se baigner dans le fleuve pis manger les fraises à pleine pognée, directement dans les prés. Miss Rebelle

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *