Throwback

C’est drôle comment j’arrive pu à m’imaginer le temps où on attendait un appel. On pouvait attendre pendant des jours. On appelait quelqu’un, ça sonnait, ça sonnait, on attendait, on rappelait. Y’avait ni répondeur ni afficheur, un moment donné ça répondait, pis on laissait un message à quelqu’un, de dire à quelqu’un, de nous rappeler, pis on attendait en sachant que la personne rappellerait pendant le 15 minutes où on était sortie pis on le saurait jamais. Après quelques jours, on rappelait pis ça recommençait.

J’habitais un deuxième étage pis des fois, j’entendais sonner le téléphone en bas sur le balcon. Je courais ma vie pour monter à temps en me disant que c’était peut-être Lui. J’escaladais l’escalier à grand coup d’enjambées de deux marches à la fois, pis au moment où je disais « allo » j’entendais le déclic d’une ligne qui vient d’être coupée. J’ai jamais su si c’était Lui.
Y’avait rien de pire que se faire dire que quelqu’un avait essayé de nous rejoindre pour nous inviter à un party, mais que la ligne était toujours occupée. « T’aurais dû venir, on a essayé de t’appeler toute la soirée, y’était là, c’est plate, y’é reparti avec Julie »

Chaque fois que le téléphone sonnait, j’me garrochais dessus comme si ma vie en dépendait. Sortir de la douche toute trempée juste pour pas se demander toute la journée qui avait téléphoné. Quand on attendait un appel le vendredi soir pour savoir dans quelle cour de dépanneur on allait trainer pis que le frère de notre best répondait qu’on n’était pas là juste pour faire chier. On lui demandait c’était qui pis il savait pas. Un gars ? Une fille ? Ça parlait comment ? On finissait par partir à pied, faire le tour du quartier, visitant tous les spots populaires jusqu’à temps de trouver une gang avec qui rien faire.

Fallait laisser le numéro de l’endroit où on allait pis quand nos parents appelaient fallait être là. On avait ben deux ou trois astuces, mais on faisait le tour assez vite. « Désolée mom, son frère avait débranché le téléphone, Sorry mom, j’comprends pas, mais le fil était débranché, le son était fermé, j’ai répondu mais ca faisait juste gricher, sa mère a parlé avec sa soeur toute la soirée, désolé mom, la musique était trop forte, jte jure qu’à 10 heures on était rentrée..

Le pire c’était le moment où notre mère nous disais de pas prendre le téléphone parce qu’elle attendait un appel important. Ça durait des heures pis c’était drette-là que Don Juan appelait après avoir flushé Julie. On devait lui dire qu’on le rappellerait parce que quelqu’un d’autre avait besoin du téléphone.. Quand le moment arrivait, on signalait le numéro full fébrile, prête à passer la nuit dans le festival du «raccroche-toi-non-cest-toi -non-toi-non-toi-en-premier», pis finalement personne nous répondait.

Combien de p’tite sœur on reçu des coups de poing parce qu’elle ne libérait pas ligne, s’amusant à composer des chansons avec les chiffres qui faisait des notes. Je peux encore vous jouer au clair de la lune avec un clavier de téléphone à pitons.

J’ai connu le Loopline aussi. C’était comme du Messenger, mais par des boites à message vocal. Ca c’était fort. Y’avait un numéro pour laisser un message pis un autre pour les écouter. On écoutait les messages laissés par tout le monde pis on se mêlait de chaque conversation. Le premier message disait qu’on était deux filles en train de s’emmerder, quelqu’un répondait “eille les deux filles qui s’emmerdent, c’est quoi vos noms. On écoutait les messages, on tombait dessus pis on enregistrait un nouveau message avec nos noms pis d’autres questions. Ça finissait souvent que tout le monde s’envoyait promener.
C’est drôle que je pense à ça, c’est tellement loin que je viens de regarder sur Google si ça avait vraiment existé. Ben oui.. Faites un search avec Loop Around, vous allez tomber sur Wiki, pis si vous avez connu ça, dites-le-moi donc, j’me sens un peu bizarre, j’ai jamais entendu parler de ca depuis mes quatorze ans.

Des fois, je revenais de garder pis ma mère me disait que deux gars m’avaient appeler. C’était qui ? que je demandais. Ben elle savait pas, les gars s’étaient pas nommés, mais y’en a un qui avait appelé 5 fois. Ça restait de même, perdu dans le néant jusqu’à temps que quelqu’un nous dise qu’il avait appelé 5 fois le samedi d’avant.

Ça avait quand même quelques avantages. Si on voulait pas aller travailler, on répondait pas au téléphone pis on finissait par dire qu’on n’avait jamais eu le message. On pouvait appeler partout sans que le monde le sache. C’est comme ça qu’un soir on a envoyé 12 gardiennes à 10 minutes d’intervalle chez la voisine d’en face, qui avait même pas de kid. On avait pris les noms dans un bottin offert au nouveau parent, on avait genre 13 ans pis on les regardait arriver en char avec leur parent, dire bye pis se cogner le nez à la porte d’entrée d’une madame pas fine en jaquette pis en beau sacrament. C’était magique.

Bref, c’est quand même drôle de voir qu’aujourd’hui on se rejoint à la seconde près, pis un simple appel livre tout de notre identité. Ca prend 2 secondes pis l’autre sait té qui, té où pis trouve du même coup toutes tes coordonnées. Malgré tout ça, chaque fois que j’appelle mes kids sur leur cell, ils répondent pas. Sorry, j’avais fermé ma sonnerie, j’ai pas entendu sonner, désolé, j’avais pu de charge, mon cell était dans le char, mon cell a gelé, y’é mort, sorry, je l’avais laissé dans ma poche de hockey, c’est plate, mais j’avais pas de réseau, désolé mom la musique était trop forte, j’ai pas entendu tes call mais j’te jure qu’à 10 heures on était rentré.

Faut croire que plus ça change plus c’est pareil, même après Steve Job y’a encore la même vieille fonction qui nous permet de répondre… ou non.. Miss Rebelle

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