Les temps changent

Je viens de cette génération où on n’était pas vraiment diagnostiqué. On jouait dehors du soir au matin sinon on n’avait rien. À l’école, on restait assis, on se lançait des morceaux d’efface, des bouts de papier dans des crayons sans tube d’encre, on dessinait sur notre bureau pis à la récré on courrait partout pendant 15 minutes pis ça nous permettait de nous rendre jusqu’au diner. Ca existait pas les bancs en ballon, ni les pédales après les pupitres, les coquilles pour bloquer les sons pis dans ma classe, y’avait jamais de vélo stationnaire pour nous permettre de pédaler en récitant nos tables de multiplication. On brulait du gaz le soir avec nos patins à roulettes pis nos 10 vitesses avec des poignes virées à l’envers, on rentrait pis on allait se coucher.

À l’école, c’était l’époque où on apprenait par cœur. Les notions de grammaire, mon-ton-son-ma-ta-sa.. Vous vous rappelez ? Les formules d’équations, longueur fois hauteur divisée par deux.. On récitait Victor Hugo, Lafontaine, pis on échouait si on oubliait des mots. Y’avait pas de reprises, pas de deuxième chance, pas de récup pis dans nos examens, on avait jamais droit à une feuille de note bien remplie, écrite en tout petit. Les profs affichaient les notes au tableau, tout le monde voyait, pis les 3 meilleurs étaient écrits en gros. Si tu voulais être de ceux-là, fallait travailler plus fort, étudier plus, redoubler d’efforts.
Les équipes de sport se faisaient dans le gymnase, si t’étais dernier ben t’étais dernier, fallait que t’en donnes plus, que tu marques des buts que tu fasses des passes. C’était le temps où les champions étaient célébrés pis aucun parent trouvait ça injuste, personne pensait à dire que c’était blessant pour ceux qui étaient arrivés derniers. C’était l’époque où ça prenait pas 12 courriels pis une rencontre de deux heures pour retrancher un jeune au hockey ou au soccer, y’avait pas de gant blanc, c’était la game, ça passe ou ça casse.

On s’en remettait, on se motivait à devenir meilleur pis si on avait de la peine on se faisait dire d’arrêter de brailler qu’on n’était pas des bébés. À chaque obstacle, on devenait plus fort, on s’en remettait pis l’obstacle suivant on savait qu’on avait les moyens de passer au travers. On apprenait à grandir dans les échecs pis quand on vivait notre première peine d’amour on savait qu’on arriverait à s’en remettre.

On a enlevé les chiffres pour éviter le jugement, on a enlevé les échecs, on a fait passer tout le monde égal pis on remet la même médaille, le même certificat à toute l’équipe. On a instauré les uniformes dans les écoles pour éviter les préjugés, on veut pas de discrimination, pas de favoritisme, pas de distinction, mais pourtant, nos jeunes n’ont jamais autant soufferts d’harcèlement pis d’intimidation.
y’a quelque chose qui a ben changé.

On veut les protéger, on les amène partout en char parce qu’il fait froid, il fait noir ou on pense qu’il va peut-être pleuvoir, on les tient a l’abri, on texte, on géolocalise, on les suit à la trace pis on pense au pire dès qu’ils sont en retard de quelques minutes. On les renforcie positivement, les félicitent, on publie largement chacune de leur réussite mais eux, ils sont anxieux, ont peur de ne pas être choisie, de pas savoir quoi dire, comment le dire, peur d’oublier, d’être en retard, d’être humilié pour ne pas avoir été choisis en premier.

Elle est où cette époque où être un enfant était léger ?
Je pense que nos jeunes en savent trop, trop vite tout le temps. Moi quand j’étais petite, je savais pas, je savais rien, pis ca allait très bien. Nos petits sont tourmentés par beaucoup trop de choses. Ça les empêche de se concentrer, ils partent dans leur tête, ailleurs, ils savent pas comment organiser l’info pour rapidement la retrouver, ils mettent une énergie folle à gérer le contenu académique d’une journée. Ils bougent leurs pieds, leurs mains regardent partout, ils s’impatientent, crées la pagaille, dérangent.

Une chose est certaine, si on m’avait donné 200 postes de télé, une console de jeux vidéo, de l’internet à volonté pis un téléphone cellulaire, c’est clair que j’airais brulé moins d’énergie pis que rendu a l’école j’aurais peut être moins suivi. C’est sur que si j’avais été au courant de tout ce qui se passe entre le coin de ma rue pis le continent voisin, à la seconde où ça se produit, j’aurais surement été un peu dans la tourmente. Si j’avais été toute seule chez nous la plupart du temps où si j’avais eu un horaire chargé comme celle qu’on offre aujourd’hui à nos p’tits, j’aurais peut-être aussi développé des troubles de concentration, de l’anxiété pis des difficultés d’adaptation.

On doit maintenant mettre beaucoup de choses en place pour aider nos jeunes à rester focus, tellement que moi, j’arrive même plus à me concentrer. Y’a toujours quelqu’un quelque part qui fait tiquer son crayon, qui taponne une balle, ou qui joue avec un p’tit cube qui fait toc-toc, tic-tic, ding-ding, ou ben bang-bang. En fait, c’est pas que les kids qui en ont besoin, la petite vingtaine aussi fait dans le tic tic tic..tac tac tac.. bizz bizz, bizz.. Même dans une journée de formation ou un meeting important, y’a quelqu’un qui fait tourner quelque chose pour activer sa concentration. « J’ai pas le choix, j’ai un déficit d’attention, je suis anxieuse, ça m’aide à garder ma concentration.. » Je comprends, je comprends..Mélatonine, somnifère, anti-anxiolitique, Vyvanse, du yoga a chaque semaine pis un extra Centrum pour combler le manque de vitamine.

Nos jeunes sont fatigués trop jeune, épuisé trop vite, anxieux pour rien. C’est drôle comment nous, on se met de la pression pour répondre à leur besoin pis au bout du compte c’est eux qui sont stressés.. C’est-tu moi ou ben ça marche pas. Et s’ils étaient simplement l’image de ce que nous, on a tracé ? Trouvez-vous comme moi qu’être un kid aujourd’hui c’est vraiment rendu compliqué? Miss Rebelle

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