Elle n’est pas Fanny

Parce que vous me l’avez demandé ce mode d’emploi, le voici,

#ellenestpasfanny

L’engouement est immense, on lève le voile, on fait la lumière, on dénonce, mais en même temps, on soulève un peu la panique. Vous êtes nombreux à demander du renfort, envahi par l’envie d’emmurer votre fille au sous-sol jusqu’à ses 22 ans et pris dans le piège de l’hypervigilance, vous sombrez dans l’inquiétude et la méfiance. Vous avez vu le beau quartier, la bonne famille et soudainement cette problématique que vous pensiez réservée aux filles élevées dans les ruelles de Montréal, s’est retrouvée teintée de votre propre code postal. L’image que vous aviez d’une ado trash au coin de Berri vient de prendre une allure de j’mhabille-au-garage-jai-des-mèches-je-fait-mes-devoirs-le-soir-pis-jécoute-un-film-avec-ma-mere-le-samedi-apres-midi. Ca fesse comme réalité, faut s’ouvrir les yeux, mais faut pas non plus généraliser.

Là, vous paniquez, je l’sais..

Mais elle n’est pas Fanny..

Vous faites quoi? Ben vous faites ce que vous faites depuis que vous l’avez dans vos bras. Vous veillez sur elle, comme avant, vous êtes à l’écoute de ses besoins. Elle a grandi, elle a du chien, elle est curieuse, veut lâcher votre main, c’est correct. Elle veut du lousse? vous dosez, elle a besoin de limites claires? vous lui en donnez, elle se met en danger? vous l’arrêtez. Elle peut être bête, gossante, négocier, contourner, mentir, manipuler, elle n’est pas Fanny. Elle ira au cinéma avec ses amis, elle fera les boutiques, reviendra en autobus, ira au gym sans maman qui attends au vestiaire. Vous lui donnez de la liberté pourvu que vous soyez à l’aise, vous acceptez de ne pas tout contrôler. Si vous avez des doutes, vous lui dites, si vous avez ouvert une porte trop grande, vous la refermez, vous avez ce droit, vous savez. Votre sixième sens est votre meilleur complice, soyez alerte si vous sentez que ça glisse.

Elle n’est pas Fanny…

Non, mais soyez à l’affut des indices. Ses amies que vous connaissiez sont disparues au profit de nouvelles dont vous ignorez tout de l’identité, elle revient avec des nouveaux vêtements, des trucs qu’elle n’avait pas avant, ses notes baissent, son langage a changé, elle s’enferme, se referme pis sa dernière publication sur son profil date de 3 mois, c’est bizarre.

Elle n’est pas Fanny,

mais vous devez garder l’œil sur les photos qu’elle publie, la questionner sur les valeurs qu’elle cherche à diffuser, sur le message qu’elle veut passer. Si elle trouve normal son allure un peu sexualisée, demandez-lui si elle serait à l’aise de vous voir dans la même position avec la même citation.

Elle n’est pas fanny,

mais un party où tout le monde reste à coucher, c’est dangereux, dans un motel, ça ne devrait même pas être envisagé. Allez la chercher même si vous êtes fatiguée, même s’il faut déneiger le char, le faire chauffer, allez-y en pyjama, mais allez-y pour voir son état. Si elle consomme en cachette, à minuit elle va devoir être drette. Elle va dire à ses amis « Non j’peux pas prendre ça, ma fucking mère vient me chercher » c’est ça qu’on veut. Elle est fâchée c’est normal pis ça va passer. C’est juste le mur qui la fait vraiment chier.

Vous êtes ce mur sur lequel elle doit s’appuyer, vous devez être solide. Elle va vous pousser, vous ébranler, vous contourner, escalader, ou bien elle s’armer de ses grands yeux suppliants, mais c’est clair qu’elle va tester. Si le mur est fort, elle va prendre appui dessus pis se sentir en sécurité. Si le mur tombe, c’est drette-là qu’elle va passer.

Elle n’est pas Fanny,

mais restez à l’écoute. Son chum vient d’une autre ville, personne ne le connait vraiment dans votre entourage, il a un surnom, pas de nom de famille, on sait pas trop ce qu’il fait, ni son âge, c’est flou, vous le voyiez jamais, c’est douteux. Habituellement, elles sont fières de nous présenter leur Roméo, elles le veulent accepté, complice avec leur père, charmeur un peu avec leur mère, de connivence avec le grand frère, méfiez-vous si Roméo prend des allures de courant d’air.
Si vous sentez le doute dans votre tête, dans votre cœur, que ça descend le long de votre colonne jusqu’à votre ventre, si le soir en vous questionnant, ça frissonne, c’est le plus beau des signes avant-coureurs.

Ceci dit..

Elle n’est pas nécessairement Fanny,

mais restez souple et soyez ferme, donnez du lousse, mais mettez des limites, laissez-la aller, mais retenez-la. Ramenez-la si elle se perd, suivez-la si elle sait où aller. Ça prend de l’écoute, des échanges, de la disponibilité, ça prend tellement de « ça dépend »

Vous ne m’aimez pas là, mais y’a pas de recettes secrètes, y’a pas de mode d’emploi à suivre à la lettre. Faites-vous confiance, elle n’est pas obligatoirement Fanny, elle est en crise d’adolescence, veut combler ses besoins, nourrir sa curiosité, trouver son identité, elle n‘est pas Fanny, mais vous devez la sensibiliser, l’outiller pour faire face à la sollicitation, dites-lui que le loup se déguise habituellement en beau garçon et qu’il ne fait pas que rôder dans les bois quand tombe la nuit.
Elle n’a pas vraiment besoin de voir les scènes qui bouleversent à un âge trop précoce, un trouble anxieux, c’est pas mieux. C’est dur pour nous, imaginez pour elle. Elle doit apprendre à reconnaitre les bonnes personnes, apprendre à s’écouter, elle a besoin de s’ancrer à de bonnes valeurs, besoin de savoir que le mur est là pour son bien même si ça l’énerve de ne pas arriver à le contourner.

Elle n’est pas Fanny,

mais elle est à risque avec ses petits pieds bien plantés dans la clientèle visée. Sa naïveté, sa curiosité, son implacable certitude que rien de grave ne peut arriver, tout ca lui donne chacun des pré requis. Suivez-la simplement pour savoir un peu ce qu’elle vit, faites comme vous faisiez quand vous l’aviez toute petite dans vos bras, soyez-là et écoutez-la, sachez qu’elle vous dit beaucoup même si elle ne parle pas. Miss Rebelle, #ellenestpasfanny

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