C’est ton bal

Pour vos petites 2001 ❤️

Hier était la première journée « robe de bal » ben oui, chu rendue là ! Mon bébé va graduer en juin prochain. C’est fou comment le temps passe vite. Comme la demoiselle n’est pas du genre à dire « j’veux exactement cette robe-là », je savais bien que ça serait le festival habille, déshabille, habille, déshabille, change de place, habille, déshabille, met de l’argent dans le parco, habille, déshabille j’ai-faim-mom-on-va-au-mc-do ! Finalement, elle a ben fait ça, on a réglé l’affaire en 4 heures, 4 boutiques pis la p’tite est belle belle belle.

Après avoir enfilé une dizaine de robes au total, il ne restait plus qu’à choisir entre la blanche ou la noire, d’un extrême à l’autre, une gémeau évidemment!

J’ai vu beaucoup de filles parader devant moi toute la journée, on se retrouvait d’une salle d’essayage à une autre. Pour ceux qui l’ont vécu pis pour les autres qui vont suivre, c’est un beau moment dans la vie des filles pis de leurs parents. C’est une finalité pis un commencement en même temps, une porte qui se ferme, une porte qui s’ouvre, un regard vers l’arrière pis un vers l’avant. Y’a les mamans, les grands-mamans, y’a des papas qui suivent parfois, des chums, une grande sœur pis une plus petite qui rêve que se soit son tour.

Les tissus se mélangent, la paillette fait la cour aux brillants, pour certaines c’est la dentelle simple qui tombe légèrement, pour d’autres c’est bustier décadent. J’avais hâte de les voir sortir des cabines la tête haute de fierté, les yeux scintillants, en tenant d’une main une partie du satin pour éviter qu’il touche le plancher, dévoilant leurs p’tits bas rayés, pis dans l’autre main leur cellulaire pour valider leur choix avec le monde entier.

Elles sont ben toutes pareilles..

Ben quand elles sortaient de la cabine, pour plusieurs, c’était la tête basse, le dos courbé, les yeux au sol pour éviter le grand miroir à trois côtés. Resplendissante dans les tissus, les jupons et les corsages, Cendrillon regarde au sol et semble triste. Ses seins sont trop petits, ses bras trop mous, pis ses cuisses sont trop grosses.. Du haut de son 112 livres, la fille en bleu murmure qu’elle à l’air d’une patate, l’autre en rose veut une veste pour cacher ses épaules, celle en rouge veut finalement du long pour cacher ses genoux. Pourtant, la taille est si fine, et les seins si fermes, et ce petit creux au bas du dos.. Shit ça fait tellement longtemps..

Moi je les regarde avec la nostalgie de mes 16 ans, 16 ans on est encore un peu des enfants, on est beau, en santé, souriant, on a la vie devant nous, on veut devenir médecin, architecte, prof, on veut visiter la Grèce, l’Europe, creuser des puits en Éthiopie, pis là, devant la glace, en robe de bal, Cendrillon est terrifiée par son propre reflet, angoissée par ce que les autres vont penser, incertaine de sa propre image.

Cendrillon se trouve grosse aujourd’hui, mais dans 25 ans elle va sortir sa robe du grenier pour la montrer à sa fille, essayer de rentrer dedans pis se dire qu’elle était donc belle à 16 ans.

Demoiselles, vous étiez simplement époustouflantes dans le long, le court, le décolleté, dans le rose ou le foncé, dans l’audace, la sensualité, la simplicité. Vous allez obtenir votre diplôme, vous avez survécu au secondaire, vécu votre premier amour, vaincu les évaluations, vous avez réussi cette tranche de vie imprévisible comme de vraies guerrières, pis là, devant la glace la petite Cendrillon est triste pour un peu de gras dans ses bras pis dans ses cuisses…

Fallait pas regarder le plancher, fallait regarder les yeux brillants de votre mère frappée par l’émotion, celle de la petite sœur en admiration devant votre beauté, la p’tite juste là qui vous prend en modèle, qui voudrait juste vous sauter dans les bras tellement elle vous trouve belle. Fallait regarder dans la glace le reflet de la réussite, celui dune finalité, d’une continuité, fallait voir vos cheveux descendre le long de votre dos dénudé, fallait voir le mouvement du tissus qui danse, la justesse du drapé, la finesse de la broderie..

Shit, les filles, vous avez rien vu de ça.. Tout ce que vous avez remarqué c’est votre gras de bras..

C’est dommage mais, hier, dans une boutique à l’allure de chiffonnerie française parmi le tulle et la dentelle, sous le regard ému d’une mère, devant l’admiration d’une sœur et la fierté d’une grand-mère, Cendrillon dans toute sa splendeur, vêtue de cette belle jeunesse qu’on croit éternelle, prenait place devant la glace en regardant le sol. Miss Rebelle

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *