Et si les jeunes avaient raison..

C’est drôle de voir comment ma génération a été éduquée dans le frame du travail à tout prix. Fallait aller garder quand on avait 13 ans, fallait aller à l’école longtemps pour avoir une bonne job plus tard, fallait se trouver un chum qui avait de l’avenir dans une belle profession, fallait étudier, travailler, étudier, travailler. Nos parents travaillaient, avait deux semaines de congé l’été pis ils recommençaient. On jugeait ceux qui faisaient pas 40 heures semaines en disant qu’ils étaient nonchalants.

Je pense que nos boomers sortaient de grosses familles avec un salaire de crève-faim, 3-4 enfants entassés dans les chambres, entassés sur les banquettes de char. Le bouillon était clair pis le beurre se faisait rare. Ils nous ont élevés avec le travail en priorité parce que pour eux c’était la liberté. Le rêve américain, la petite maison dans un beau quartier, deux enfants qui ne manqueraient de rien, un chien, pis un voyage quelque part a la retraite quand les enfants seraient enfin ben installés dans leur beau quartier avec deux enfants pis un chien.

On a travaillé pendant le cégep, l’université, on a travaillé tout l’été, pendant les fêtes, la relâche scolaire. On a travaillé pour répondre à l’idée d’un monde où on atteindrait le modèle parfait d’une vie réussie.

Quand on regarde les vingt ans d’aujourd’hui du premier coup, on les juge à grand coup de moi-dans-mon-temps.. Moi dans mon temps, je travaillais tout le temps, j’avais de l’argent. L’été on se pognait pas le beigne, pis quand on avait congé d’école y’était pas question qu’on game, on rajoutait des heures à nos dispos, on se dépêchait de remplacer un collègue.

On les juge parce qu’ils travaillent 3-4 jours semaines, ils veulent une job qui va leur permettre d’aller au gym, ils prennent des congés différés pour aller visiter l’Europe pour partir en sac à dos pour un trip en Amérique Centrale, ils prennent pas de remplacement pendant un mois pour emménager dans leur nouvel appart, pour le rénover pis se faire des meubles de patio en bois de palette usagé, ils rentrent pas des fois juste pour profiter du passage d’une amie qui débarque à Montréal le temps d’un escale entre New-York pis le Sénégal.

On les juge parce qu’on comprend pas comment ils font.. L’argent, l’argent l’argent toujours l’argent. Les REER, les placements, la retraite, pis un compte de sécurité pour les imprévus qui risqueraient d’arriver peut-être un moment donné.
Ben crisse ils ont compris. Ils ont compris qu’on a juste une vie pis que c’est platte de juste la travailler. Ils ont compris qu’on a un monde entier à visiter pis que pour en faire le tour il faut prendre congé. Ils ont compris que c’est pas parce que t’en fais plus que t’en a plus, qu’un imprévu, ça reste un imprévu pis que si ça arrive on va se débrouiller. Ils ont compris que vivre pour du 8 à 4 c’est crissement platte.

Moi je fais partie de ceux qui se sentent coupables de faire moins d’heures, qui se questionne avant de refuser un temps supplémentaire qui me donnerait un peu plus sur ma paye en me disant que je devrais peut être. Chaque année j’en place un peu, mais je sais même pas vraiment pourquoi.

Je les regarde aller, ils manquent de rien. Ils ont 24 ans, ils ont vu l’Asie, l’Europe, ont fait des safaris, parcouru la côte ouest Américaine. Leur instagram est à l’image du monde pendant que le mien affiche des photos de mes chiens ou ben de mes pieds devant l’écran de la télé.

On leur reproche de prendre un an off après leur diplôme, de prendre congé pour une journée de ski, de prendre un remplacement qui finit à midi pour profiter de la plage un mercredi d’été. Ils prévoient leur année en considérant la possibilité d’un 6 mois différés pour partir quelque part sans horaire sans itinéraire. Ils ont vingt ans, partent en pack sac, accroche leur hamac sur le terrain d’une auberge jeunesse pis ils s’endorment en écoutant le pacifique, pendant qu’ici on trouve le sommeil à grand coup de somnifère, on prend pas le temps parce qu’on est brulé, on n’a même pas de temps vraiment pour profiter nos enfants, de nos parents pis honnêtement, j’ai jamais mis les pieds sur un autre continent pis j’ai même pas d’argent de coté.

Pourtant..

J’ai jamais lâché l’école, jamais arrêté de travailler sauf pour deux congés de maternité, j’ai work work work comme on m’avait dit pis là, sur Instagram je mets des photos de ma coupe de vin a coté d’une assiette de spaghetti pendant que mes petites collègues de 23 ans publient des selfies pris en plongé quelque part aux Antilles avec des poissons que je verrai jamais en vrai.

Ils se permettent une belle jeunesse avec un passeport bien rempli, apprennent la vie à même la vie, sans culpabilité, même pas quand une matante comme moi leur dit qu’ils devraient travailler pour s’assurer un bel avenir.. un bel avenir, c’est quoi exactement.. Si c’était de travailler 6 mois pour s’en payer un de congé, si c’était d’avoir le courage de voyager léger, de go with the flow, si c’était de s’arrêter de spinner un an pour passer le plus de frontières possible avant d’avoir 30 ans, de ramener en souvenir un nouveau tattoo issu de chaque nouveau pays, si c’était de prendre congé uniquement pour le plaisir de s’amuser.
Honnêtement, mon 18 ans vit dans les maritimes pour le hockey, y’apprend pas mal plus que ce qu’il aurait appris au cégep, ma 16 ans a déjà voyagé pas mal plus que ce que moi j’ai vu dans toute ma vie. Sur son Instagram y’a le Grand Canyon, Végas, les plages de Los Angeles pis en mars c’est Paris qu’on va retrouver sur ses selfies, la Suisse, pis l’Allemagne.

Nos 20 ans changent la donne, ils revoient les priorités. Le rêve américain était ben platte finalement. On les dit individualistes, immatures, irresponsables, sans plan de vie ni plan de carrière, ben moi je leur dis Go ! Je les trouve débrouillards, autonomes, allumés pis organisés dans toute leur spontanéité. Allez-vous-en pendant que c’est le temps ! Y’a rien de mieux qu’un petit appart en gang, meublé de restant de vente de garage, sans crédit, un p’tit char qui mène du point A au point B pis plein de vécu à raconter.

C’est facile de juger vos choix quand on les regarde avec nos vieilles esti de lunettes, mais honnêtement, j’échangerais mes 20 ans contre les vôtres n’importe quand. Métro-boulot-dodo, ya rien de plus plate pis vos selfies sur Instagram sont vraiment écœurant. Je vous envie tellement pour cette douce liberté, cette nonchalance et cette belle légèreté qui vous permet de décrocher sans aucune culpabilité. Je crois pas qu’on peut prévoir le déroulement de sa vie des décennies à l’avance, je pense que c’est une bonne affaire de la vivre comme si c’était des vacances. Miss Rebelle

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