S’il vous plait, merci

Si on parlait de courtoisie!

Vous savez ce petit truc qu’on apprend dès notre naissance, qui nous amène à dire bonjou

r, s’il vous plait et merci. Cette notion de gentillesse qui fait qu’on est content quand quelqu’un nous sourit, qu’il nous tient la porte et qui nous laisse poliment embarquer sur la voie d’accès qui mène à notre sortie.

Ce petit truc un peu abstrait traine dans ma poche arrière depuis que je suis toute petite. Tout le monde était fier quand je l’utilisais. J’ai grandi avec et je l’ai mis à profit jusqu’à ce que je comprenne que c’était ben beau ce p’tit truc-là, mais que c’était pas pour tout le monde. Y’en a qui le méritait pas. Encore aujourd’hui, si je t’aime pas, y’a beaucoup de chance que je te salue pas. Je peux être vraiment bête mais au moins j’ai des raisons pis quand tu vas voir mon splendide «pas de sourire du tout» tu vas te rappeler pourquoi j’te fais la gueule.

Sinon, je suis de nature assez courtoise. J’me rends compte que c’est pas donné à tout le monde alors j’ai fait le test depuis les dernières semaines.

Alors que je retenais la porte d’entrée d’un commerce, plusieurs sont passés sans même me regarder, une femme même refuser d’entrer en me faisant un signe de la tête de passer devant elle, c’était pas par politesse. Je pense que ça aurait pu vouloir dire qu’elle était capable de tenir la porte toute seule. Je lui ai quand même souri, mais elle a pas vu. Bon. J’ai eu droit a ce petit moment agréable où tu laisses passer quelqu’un qui dis non toi, pis tu dis non allez y, pis il dit non toi vas-y. Ça m’a fait sourire parce que finalement on s’est enligné en même temps. Dans un roman ça serait devenu le chapitre ou le gars amène la fille au restaurant pour partager une crème brulée.
À la caisse du IGA j’ai laissé passer quelqu’un quand on est arrivé en même temps dans la file. «Vas-y, vas-y je suis pas pressée» que j’ai dit. La fille est passée sans même me dire merci.. je lui aurais pitché mon panier d’épicerie. La caissière a vu, c’est elle qui a dit merci pour que l’autre comprenne son manque de diplomatie, ben l’autre a pas compris. Dans ma tête j’ai rewindé pis j’ai regarroché plus fort mon panier.
.
Quand on a voulu me servir dans une boulangerie, j’ai dit que le monsieur à côté de moi était là avant.. Ben le monsieur m’a remercié pis il m’a laissé passer en citant ce beau proverbe que la beauté passe avant l’âge.. y’a fait ma journée. Je lai remercié, j’étais contente, le monsieur était content, la caissière souriait, témoin d’un échange de bon procédé. Dans une scène de film, ça aurait été le début d’une belle histoire d’amour avec en bonus un beau french au ralenti devant les petites meringues et les pâtisseries.

Tous les piétons que j’ai laissé traverser une rue m’ont fait un signe de la main. J’ai fait des stops plus longs pour éviter aux joggeurs de s’arrêter, ils m’ont tous souri. Quand j’ai immobilisé ma voiture parce que quelqu’un voulait accéder au boulevard, le char d’en arrière a klaxonné d’impatience à mon égard. Lui, il voulait vraiment pas que je laisse passer l’autre. Il m’a sauvagement dépassé en m’adressant des signes. Y’avait une crampe de majeur, je sais pas, son doigt du milieu pliait pas comme les autres.

La courtoisie, ça fait du bien, on dirait que ça allège le stress du quotidien.

Je suis rentrée dans un resto toute seule sans cellulaire. J’ai observé les gens dans la salle à diner. Tout le monde était branché, les yeux rivés sur l’écran, même ceux qui étaient accompagnés. Ça faisait longtemps que j’avais pas observé la race humaine en plein mouvement de sociabilité. Ben j’ai rien à dire sinon que j’ai croisé aucun regard. Y’a le gérant qui faisait le tour des tables pour s’assurer que les clients étaient corrects. Personne ne lui a vraiment parlé mise à part répondre que tout était ok. Rendu à moi, le gars était surpris que je sois pas branché. Je lui ai dit que ça faisait du bien de regarder les gens au lieu de son écran mais que j’me sentais pas mal seule de ma gang. On a jasé un peu. Dans une scène de film, on aurait fini ça en partageant un milk shake avec deux pailles en se regardant dans les yeux, pis il m’aurait séduit en me laissant la dernière bouchée, je l’aurais savouré à même sa cuillère.

Bref, quand j’ai voulu parler à un enfant, sa mère l’a rapproché contre elle en me jetant un regard méfiant, quand j’ai dit a un gars que son chien était vraiment beau il m’a fait un signe de tête, a tiré sur la laisse sans dire un mot. Dans un film j’aurais cajolé toutou, marcher gracieusement au ralenti, les cheveux dans le vent jusqu’à retrouver le gros chien couché sur mon divan.

En fait ce que je dis c’est que les belles histoires d’amour ne commencent plus par un épisode de courtoisie du genre j’te tiens la porte, j’te laisse entrer ou je parle à ton chien pour initier le contact, ça passe ailleurs, autrement, ça se passe derrière l’écran parce qu’en vrai, la race humaine est en train de de devenir experte en ermitage. Pourtant on carbure aux scènes d’amour dans la grande roue, sur la plage, on rêve à celui qui va nous inviter spontanément, on bave devant les gros plans de longs frenchs improvisés. Dans la vraie vie, on voit rien d’autre que notre écran pis quand quelqu’un nous parle, on se méfie en s’imaginant que Charles Manson nous fait la cour.

Bref la courtoisie passe encore, parfois pis ça me rassure, mais je m’ennuie un peu d’avoir une discussion imprévue avec un inconnu. Dites-moi que vous en avez envie aussi, que vous croyiez aux frenchs devant le comptoir de pâtisseries, dites moi que j’ai tort de penser que c’est révolu et que cette belle spontanéité existe encore. Miss Rebelle

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *