Bonne fête Canada

J’habite le Canada, et c’est sa fête.

Je suis né ici dans une petite ville canadienne, dans la province du Québec, un peu à l’est, près d’un grand fleuve. Près de chez moi, y’a la frontière américaine. J’habite un pays où on

retrouve la mer et chaines de montagnes, les centre-ville et les grandes prairies. Chez moi, y’a ce Grand Nord où j’aimerais me perdre parfois pour le blanc de sa neige et le bleu de son ciel, j’aimerais y courir avec mes chiens le temps d’un dimanche après-midi.
Mon pays, j’en ai fait le tour. J’ai visité ses parcs marins, flirté avec ses baleines de Tadoussac, j’ai bu l’eau à même la source de ses grands glaciers de Colombie-Britannique, j’ai couru dans les champs de sa Saskatchewan, j’ai traversé ses réserves, admiré ses chutes, marché le long de son océan, j’ai frôlé ses frontières, j’ai navigué ses rivières, et parcouru ses maritimes.

D’un bout à l’autre, je trouve ce pays magnifique même si je n’ai rien de patriotique, ni fanion sur ma voiture ni drapeau dans ma cour, ni t-shirt à l’effigie de son emblème.

Chez moi, un jour, on a voulu l’indépendance. Je n’ai pas trop compris du haut de mes 8 ans et je n’en retiens que des affiches qui envahissaient la ville, le non au crayon rouge et le oui au crayon bleu. Je me souviens des lettres, FLQ, PQ, je me souviens des longs discours à la télé, j’en retiens que ce jour de 1980, les indépendantistes n’étaient pas assez nombreux, j’me souviens que le rouge a gagné sur le bleu. Je n’ai pas compris pourquoi on voulait se séparer de notre pays. Nous n’étions ni opprimés, ni négligés, ni en danger, on était bien dans notre petit coin, avec nos forets pour l’industrie du bois, nos champs de blé, nos érablières et tous ses cours d’eau pour l’électricité.

Mon Québec fait partie intégrale de mon Canada, j’y ai mes racines le long du Saguenay, le long du St-Maurice, j’y suis né, et j’y ai mis au monde un fils et une fille, chez moi, on parle français et c’est ce qui distingue ma province. J’en suis fière. Fière de parler cette langue particulière qui définit mon chez-moi, fière de mettre les pieds ailleurs et d’être reconnue comme une p’tite fille du Québec, cousine de la France, voisine des États-Unis, unique aux yeux des autres provinces qui représentent mon pays.

Je n’ai rien de politique, aucune affiliation à aucun parti, je ne milite en rien, mais ma langue j’en suis fière et j’y tiens. J’y tiens, même si les Mc Do de mon centre ville m’aborde en anglais, même si mon chauffeur de taxi me demande « where do i go », même si plusieurs Québécois de mon entourage favorisent l’anglais comme langue première, même si après une couple de verres j’adopte le franglais, même si nos résidents étrangers sont un peu mêlés, même si je sais qu’en donnant l’anglais à mes enfants je leur ouvre une porte sur le monde entier.
Je suis né en français, on m’a enseigné à le parler et à l’écrire, à le conjuguer, à le faire rimer, à le chanter, à le sacrer et à l’adapter selon les régions. C’est la langue qui a bâti mon coin de pays, celle qui a défriché ses terres, récitée ses prières, chanté ses louanges, bercé ses enfants et enterré ses ancêtres.

Je ne suis ni séparatiste ni raciste, ni péquiste, je suis canadienne et j’habite le Québec. Défendre ma langue ne fait pas de moi quelqu’un de réfractaire au changement, quelqu’un de fermé à l’immigration ou aux échanges étudiants, ça ne fait pas de moi une illuminée.

Depuis bientôt 40 ans, le bleu et le rouge ont scindé mon pays comme si le fait d’en aimer un faisait en sorte d’aimer moins l’autre, comme si un p’tit vent de referendum persistait, comme si la défaite avait laissé un gout amer qui reste sur la langue, cette même langue que je défends sans aucune allégeance a un parti, cette langue que je parle chez moi avec ma famille et mes amis.

Il y chez moi un trait qui sépare le rouge et le bleu, une friction entre l’érable et le lys, un grand écart entre le fuck off pis le calisse. Moi j’aime bien mélanger les couleurs et j’aime autant la force l’arbre que la douceur de la fleur.

Moi je viens d’un Canada qui ouvre ses frontières, qui accepte la différence, et qui s’en fait un allié, un pays ou l’anglais est majoritaire. Chez moi, tout en bas, ya un long fleuve qui rejoint l’océan comme une bouteille qui se jette à la mer. Si un jour vous parcourez ce fleuve, il vous livrera son message, message écrit dans une langue unique que peu de gens ont le privilège de connaitre. C’est la langue de la France qui a navigué jusqu’ici, qui a dispersé une partie de sa grammaire quelque part en Acadie, et qui a fait son nid sur les rives de mon St-Laurent.

Dans mon pays, ya un p’tit coin qu’on appelle le Québec, c’est là chez moi, pis si tu viens un jour tu vas nous reconnaitre parce qu’on fait partie des rares à parler la langue de Molière pis ça, c’est ma culture, mon identité, mon histoire. Je suis Canadienne, j’habite le Québec et pendant que tout le pays wish-him-happy-birthday, moi j’ai l’honneur de lui souhaiter bon anniversaire. Miss Rebelle

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