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Tu travailles dans un hopital, vient icitte que jte donne des fleurs..

J’ai jamais vu une roue tourner aussi croche que celle du système de santé. J’ai passé hier une partie de la journée dans un hôpital du grand Montréal, je suis restée estomaquée. De l’admission à la salle d’attente du bloc opératoire, de la salle d’attente de la salle de réveil à la chambre sur l’étage, j’ai jamais vu autant de désorganisation. J’avais l’impression de me trouver dans la maison des fous d’Astérix le Gaulois.

Peuple qui travaillez au sein de ce système vous êtes fort en tabarnak.

La première admission se fait dans une petite pièce où on inscrit en même temps les césariennes de la journée et les patients qui attendent une chirurgie en oncologie. Ça fait peu rassurant. Quand on mélange un premier bébé avec un premier cancer, ça laisse un p’tit gout amer.

ci, on gère les erreurs de code postal, de prénom, de sexe du bébé, on vérifie l’état matrimonial, la date de naissance du p’tit dernier, on précise le pays d’origine, on règle les assurances pis le coût des chambres. On gère en priorité. Le code postal prend un peu le bord, mais le prénom de bébé est corrigé, c’est quand même long pis me semble qu’un formulaire en ligne ferait l’affaire. Mais bon. Le personnel est gentil, souriant, et fait des blagues, tout l’monde est poli.

Vous êtes bons, vraiment, moi je pognerais les nerfs..
Après la salle d’op pis la salle de réveil, on se dirige aux étages. Le brancardier est cool, lui aussi fait des blagues avec un patient encore un peu dans les vaps, il est gentil, souriant pis vraiment cute en plus. Il stationne sa civière entre aucune ligne de stationnement, nous souhaite bonne chance, fait un hi-five à mon père puis repart pour un autre transfert après avoir salué ses collègues infirmières.

Sur cet étage, c’est l’enfer, c’est bondé, déjà chaud, déjà collant. On informe Julie que son post op vient d’arriver. On est là, un peu coincé entre l’ascenseur, le poste, pis les machines en attente d’être utilisées. Julie court partout, elle cherche une préposée pour l’aider. La préposée est occupée ailleurs, Caro est partie diner, Marc est pas rentré, il sera pas remplacé de la journée, Isa fera pas un double aujourd’hui, ça fait 3 qu’elle fait, elle est brûlée, son p’tit est à la garderie, elle doit passer le chercher, grand-maman peut pas le garder.
Je sais pas quoi faire, j’ai la même face que j’avais devant les pancartes de stationnement sur St-Denis, quand y’en a une dizaine sur le même poteau en même temps, mais Julie, elle, elle comprend.

Ça prend quelqu’un pour préparer la chambre, ça prend le dossier, la médication, faut surveiller la saturation, ça prend un autre quelqu’un pour rentrer la civière. J’me demande comment ils vont y arriver, me semble que ça passera jamais dans l’entrée. Je m’imagine en train de faire mon stationnement parallèle sur St-Denis, après avoir passé 10 minutes a élucider le mystère des pancartes, quand je suis pressée, que les chars me crachent leur impatience en plaine face à grand coup de klaxon, ce moment où je dois rentrer dans un espace à peine plus grand que ma bagnole, moi j’ai comme envie d’un stationnement payant, Julie stresse même pas, elle sait quoi faire simplement.

Julie trouve enfin quelqu’un, elle s’excuse du délai mais plusieurs patients débarquent en même temps. Moi je suis là, plantée comme un poteau de trop dans le décor, je sais pas où me mettre, j’me tasse d’un bord, de l’autre, je veux surtout pas déranger. Le couloir est si encombré que deux employés peuvent à peine se croiser, ya du stock partout, on se croirait dans un Wallmart un 26 décembre quand la demande est trop grande pour le nombre d’employé pis que l’espace est insuffisant.

Une fille sort de sa chambre en tenant son ventre, sa jaquette jaune est pleine de sang, « ça sera pas long madame, restez couché on s’en vient dans un instant». Un instant… ils ont même pas ça. Le système de santé c’est un endroit sans instant. Malgré tout, on offre les soins, on prend le temps de cueillir l’information auprès des proches, on sourit, alors que moi, je m’imagine déjà en train de sauter une coche.

Vous êtes vraiment forts, forts de rentrer travailler dans un système qui est pas adapté, à bout de souffle, dans un milieu qui tient par la peur, vous êtes fort de prendre votre break sur l’étage, de parler 2 petites minutes avec vos conjoints, de texter vos kids pour savoir si tout se passe bien, vous êtes forts d’arrêter au marché après votre shift pour vous trouver de quoi souper, vous êtes fort de quand même avoir faim pis envie de prendre un p’tit verre en arrivant,

vous êtes forts, tellement…

Moi, j’me frapperais le crane contre un mur de ciment avec des rods en métal qui dépassent. Vous êtes forts d’être beaux dans vos uniformes, de faire des blagues, de parler de votre dernière date, de la fin d’une série télé, vous êtes fort d’encore rigoler.

En même pas une heure dans le rôle du poteau inutile, j’ai eu chaud, j’ai eu mal, j’ai eu mal au cœur. Vous êtes là, fidèles au poste bien ancré dans votre feu sacré, avec cette détermination de soigner, vous avez rêvé d’un bel hôpital, mais on vous a offert un milieu complètement désorganisé.

Vous êtes là, au cœur d’un champs de bataille avec vos belles manucures, vos petits uniformes aux motifs agréables à regarder, votre beau chignon malgré la broue dans votre toupette pis vous trouvez le moyen de quand même revenir le lendemain, pis l’autre, pis l’autre.

Moi j’aurais tiré ma révérence avant même d’être probée. Dans le réseau des services sociaux, c’est l’enfer aussi mais c’est rien à côté du système de santé.
Quand on se compare, on se console, pis vraiment je vous lève mon chapeau.

Peuple dévoué au sein du système de santé, vous êtes fort en esti de tenir le fort avec les moyens du bord, moi ça ferait longtemps que j’aurais opté pour le stationnement payant, je suis vraiment pas patiente pour les parallèles, Miss Rebelle

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