Pour le meilleur et pour le pire

Ça fait 50 ans aujourd’hui que mes parents sont mariés, cinquante ans. Ils avaient 21 ans, se fréquentaient déjà depuis un an ou deux, pis sa dure encore.

Ma mère, native de La tuque en 1947, emménageait au Saguenay très jeune alors que son père trouvait un emploi à l’usine d’aluminium. Mon père né au Saguenay la même année, emménageait à La Tuque très jeune alors que son père trouvait un emploi à l’usine de papier.

Je trouve que c’est déjà une belle histoire.

À 16 ans, elle quittait son nid pour faire son cours d’infirmière à La Tuque, en pension chez une tante qui avait un fils, qui lui, avait mon père comme ami. C’est comme ça que ça commence, pis c’est pas fini même après 50 ans. Ils se sont mariés à Chicoutimi sous un torrent de pluie, pour ensuite emménager ici parce que mon père trouvait un emploi a l’usine de char de Boisbriand et ma mère a l’hôpital de Saint-Jérôme. Un premier fils arrivait 19 mois plus tard, un en mars, une cérémonie des Anges avait lieu le lendemain, triste sort, et en mai l’année suivante, je pointais le bout de mon nez c’était en 1971.

En 3 ans à peine, ils se rencontrent, se marient, s’exilent et font 2 enfants.

C’était l’époque ou le mec demandait officiellement la main de la fille, l’époque ou quand ils partaient de La Tuque ensemble pour aller visiter la famille au Saguenay, ça prenait un chaperon, une petite sœur à trainer, l’époque des sundaes a 2 pailles, des Juke Box dans les restos, l’époque ou on se frenchait sans arrêt caché dans un char. C’était l’époque où mon père plaçait les quilles au bout des allées après qu’elles soient tombées pendant que sa conquête apprenait les notions médicales enseignées par les bonnes sœurs à l’hôpital.

Le modèle, c’était ça. Une rencontre, un mariage rapide, des canettes après les bumpers de char, du p’tit change dans les caps de roues, un cœur sur le toit du char avec de la mousse à raser. La tradition voulait que les mariés fassent le tour du cartier familial en klaxonnant pour rendre jaloux tout le voisinage. Les parents étaient fiers, marier sa fille était symbole de réussite, pis le curé était content.

Le divorce était pas une option, on consolait nos peines avec des proverbes comme qui prend mari, prend pays, pour le meilleur et pour le pire, qui choisit prend pire. Peu importe la situation, ça se vivait à deux pis divorcer était hors de question. Mes parents ont tenu le coup, ils ont eu des bouts rough, vaincu des drames, affronté la maladie, le deuil, ils ont voyagé, célébrés, pis l histoire se poursuit encore 50 ans plus tard. ils ont eu 20 ans ensemble, puis 30-40-50-60 et 70, ils ont célébré leur premier jour de job et celui de la retraite, ils ont vu leur fille venir au monde, les enfants de leur fille pis ils verront peut être aussi une autre génération, on sait pas.

L’affaire c’est ça, c’est qu’on sait pas. Je regarde les 20 ans d’aujourd’hui qui veulent pas trop s’engager, qui sont hésitants, qui ont peur de s’investir trop émotivement, ils veulent savoir d’abord si c’est la bonne histoire craignant de briser leur cœur, comme si l’amour allait se pointer avec une garantie à vie. On peut pas savoir si l’histoire va être belle, on prend un risque on prend une chance, on mise, on gagne ou on perd.

J’aimerais ça vous dire que c’est encore possible de tomber en amour aujourd’hui pis de célébrer un jour 50 ans d’amour.

Tout a changé. L’église des années 60 est révolue, la femme au foyer est libérée, le divorce ne représente plus l’échec, mais plutôt le respect de soi, l’indépendance. C’est fini l’époque où madame était sans salaire à gérer la maison, les repas pis les kids pendant que Monsieur contrôlait le budget. Dans le temps, si le bonhomme partait, s’il était violent madame avait rien pour s’en sortir, si elle voulait partir, elle avait que dalle, aujourd’hui, elle prend son char, signe son bail pis ciao bye.

Contrairement à beaucoup de couples des années 60, ma mère est toujours restée indépendante monétairement, elle a travaillé toute sa vie pis mon père aussi, elle avait son char, son chèque de paye, son autonomie, pis elle est jamais partie. En 1967 ils ont fait le vœu de s’aimer pour la vie pis je pense que jusqu’a maintenant ils ont réussis.

C’est drôle de voir comment tout a changé, de voir comment la société a évolué. Mes parents ont suivi le courant, armés de mentalités anciennes, de principes basés sur le dévouement, la tolérance, ils se sont promis l’un à l’autre et ont tenu parole. 50 ans plus tard, l’histoire est encore belle.

Sur une route entre la Mauricie et le Saguenay, d’un côté l’usine d’aluminium, de l’autre l’usine de papier, deux familles exilées et pourtant, l’amour a jeté son sort afin qu’on célèbre aujourd’hui des noces d’Or. Miss Rebelle

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