Le début de la fin

La toute première fois que je suis parti au hockey avec mon 5 ans, c’était le mois d’aout, le prénovice, je savais même pas ce que ça voulait dire. Le p’tit patinait pas vraiment mais depuis qu’il avait un an, on suivait son père à l’aréna le lundi matin pour le regarder jouer avec ses chums de job. C’est entre les rangés de banc qu’il a appris à marcher. Quand la partie était finie, son père, de connivence avec le gars de la zamboni, venait chercher son gars, le prenait dans ses bras, l’amenait sur la glace, traversait les zones en contournant les Gretsky, Lafleur, Lemieux, Richard, déjouait les Dryden, pis le p’tit accroché a son cou se laissait transporter par les mouvements. Son père transportait la rondelle en tenant son bâton juste d’une main, gauche droite, gauche droite, évitait une mise en échec, poursuivait l’échappé, invincible jusqu’a ce que le but soit enfin compté. La foule se levait, en délire, le p’tit levait les bras en l’air pendant que son père glissait sur la glace avec un genou à terre. Le gars de la zamboni donnait un coup de klaxon, les 30 secondes accordées venaient de s’épuiser, le match était fini pis le p’tit avait encore une fois gagné. C’était comme ça chaque lundi.

La petite sœur est arrivée l’année d’après. Quand le match finissait c’est elle qui se retrouvait dans les bras de son père pendant le grand frère tenait enfin solidement sur ses deux pieds. Dryden se faisait encore déjouer comme un amateur quand le p’tit recevait la passe parfaite juste devant le net.
Moi j’attendais plus la partie de 30 secondes que j’aurais pas manqué pour tout l’or du monde.

J’ai appris à aimer le son des lames qui déchirent la glace quand tout le monde est au vestiaire pis qu’il reste juste un kid avec son père, j’ai appris a aimé l’écho d’un aréna quand on siffle avec ses doigts, pis cette odeur d’humidité, qui se mêle au froid. Quand le ptit a commencé, je savais même pas quoi faire avec son équipement, je savais pas par quel morceau commencer, son père pouvait pas être là, j’avais un Post it dans ma poche avec la liste d’équipement pis l’ordre duquel l’enfiler. J’ai pas pensé à l’amener faire pipi, c’était pas écrit sur le papier. Après une fois, j’ai pu jamais oublié.

Le temps a passé, le p’tit a vieilli, il est devenu, Huet, Théodore, Halak, en passant par Luongo, Fleury, pis finalement Carey. À 10 ans déjà, il jouait aussi l’été, qui a dit que le hockey c’était un sport d’hiver ? Moi je trainais la poche, la petite sœur trainait le bâton qui faisait 3 fois sa hauteur, le p’tit gardien atome trainait ses jambières d’un bord pis de l’autre bord il tenait sa slush à deux couleurs.

C’était le mode de vie de ma tribu pis je vous jure que si j’ai pas choisi le hockey, le hockey m’a quand même élu.

La p’tit a grandit, beaucoup grandit, gagné en vitesse, en agilité, la porte s’est ouverte pis on a pris le chemin du deux lettres, du 3 lettres jusqu’a une coupe Dodge en Abitibi, deux mois plus tard le nom du p’tit résonnait dans un draft pis les camps juniors commençaient quelques semaines après. On traversait 3 provinces pour aller voir une partie. On était loin des petites games du samedi en fin d’après-midi, celles qu’on drop le kid a l’aréna, qu’on revient partir une brassée de foncée pis qu’on repart juste à temps pour la mise au jeu.

Je le vois encore dans les bras de son père, déçu d’entendre le klaxon de la zamboni.

On a passé 5 étés à s’entrainer 5 jours semaines. Sur glace, hors glace, gym, nutrition, yoga, gestion du stress. Le kid rendu full ado travaillait pas, chillait pas, flirtait pas, chez nous, les bâtons de hockey faisaient partie des sacs d’épicerie, Rousseau était devenu mon shilling spot du vendredi, pis la petite sœur commençait à se maquiller avant les parties.

Pendant 15 ans on a vécu au rythme du hockey. Autour, les gens disaient qu’on était débile, que c’était contrindiquer de tout miser sur une seule activité, on m’a dit que je pourrais ben laisser tomber une game de temps en temps pour aller avec la famille au restaurant. Ben je suis désolé mais y’a rien qui de plus fort qu’entendre le nom de son gars dans un draft pis de le voir devant les buts d’une équipe junior majeur pendant l’hymne national d’un match hors concours après l’arrivée des vétérans. Je pensais que mon cœur de Mom allait tomber en morceau sur le banc.

Je viens de vivre mon tout premier été sans hockey. Depuis avril que les bâtons sont déposés contre le mur dans l’entrée, la poche encore ouverte est dans le sous sol, les lames de patins sont probablement un peu rouillé. Le p’tit a décidé qu’après deux ans de cégep de retard, c’était le temps de passer au plan B pis d’aller étudier. Il travaille, s’est acheté un char, il ferme les bars, pis des fois dans l’entrée, juste a coté des hockeys, ya des souliers que j’ai jamais vus. Il tourne le dos à l’élite après des années de compromis, d’acharnement, de contrainte, de déception, il tire sa révérence après un cheminement riche en émotion, en succès, en mérite.

shit. c’est intense.

Dans sa chambre, il reste des casquettes, des jackets, des chandails, des médailles, pis une photo de lui dans les bras de son père sous le regard nostalgique d’un chauffeur de zamboni. Accroché au mur, y’a un poster de Price, pis juste a coté y’a un p’tit flag à l’effigie de Marc André Fleury, vestiges de son enfance, de son adolescence.

Dans deux semaines le p’tit goaler espère aller jouer local, pour s’amuser, la même organisation que celle qui l’a vu se pointer à 5 ans avec un sac trop lourd, une mère avec un Post it dans sa poche arrière, pis une petite sœur qui trainait un bâton trop grand. On revient au source, du beau hockey, celui dans nos arénas avec nos chums, la famille pis peut être une prétendante dans les estrades. Moi je reviens au hockey léger, celui où je siffle après un arrêt de la mite, celui ou je fais des faces un peu chiantes à l’arbitre, celui ou je prends une petite bière relax, à jaser avec le monde pis à me demander c’est rendu combien les points.

C’est l’histoire d’un p’tit goaler qui, rendu à 19 ans, décide de tirer la plug pour investir ses études, garder sa job, payer son char pis jouer au hockey avec ses chums, simplement.

Je sais pas vraiment pourquoi je vous partage ça, surement parce que ça recommencerait cette semaine, peut être parce que j’ai un deuil à faire, peut être parce que je suis crissement fière. Je devrais être en train de me demander il va partir comment, habiter où, on fais quoi avec le cégep, je paye l’admission ou pas, tout d’un coup qu’il resterait là-bas, pis s’il revient, il va jouer où ?

Ben ce matin, j’me sens légère, j’ai pas de stress sinon celui de me demander si le ptit revient coucher. Je vous confirme qu’un premier été sans hockey c’est pas si pire pis qu’une saison à l’aréna du coin, ben j’pense que ça m’inspire. Miss Rebelle

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