Ca sent la fin des vacances

 

Ta dernière journée de vacance c’est celle où tu te dis, shit ça a passé vite, celle où tu te revois au mois de mai, un peu brulée par le frette de l’hiver, à faire des projets pour tout l’été. T’avais clairement dit que t’allais t’entrainer, aller marcher, j’m’en souviens, j’t’ai même répondu qu’on annonçait un été torride. T’as regardé passer les gens du quartier à 7 h du matin, en te disant qu’ils étaient un peu trop ninjas pour courir dans un temps pareil. Quand on t’a invité pour un week end de vélo, tu t’es souvenu que la dernière fois que t’avais pédalé, t’étais en 4e année, ton 10 vitesses avait des pognées revirées pis des cartes de hockey après les roues, t’as dit «merci, mais on se reprendra peut être dans une autre vie.»

T’avais aussi décidé de semer ton jardin, mais les renards, les ratons pis tout ce qui traine dans le bois derrière sont arrivés avec le ventre vide. Quand t’as vu comment ils ont ravagé ton bac à compostage, tu t’es finalement dit que t’achèterais ton stock au supermarché du coin. Tu t’étais promis au moins un trip avec les filles, le genre de soirée ben coiffée, ben habillée. Tu t’es retrouvé avec une toque qui tenait toute seule à cause de l’humidité pis t’as eu un p’tit penchant pour le mouvement « free de boobs » parce que ta brassière te collait à la peau, faque té pas sortie, t’as opté pour le bikini, la piscine pis le digestif sur le patio.

J’me souviens aussi que tu voulais aller quelque part avec ta plus vieille, quelques jours que tu disais, pas trop loin pas trop longtemps, mais juste assez pour te dépayser. Ben la p’tite a travaillé, courut ses propres activités pis finalement tu l’as retrouvé seulement le temps d’une crème glacée.

Y’avait aussi ce projet de visiter les beaux endroits aux alentours. Un couchée de soleil sur le mont royal, une ride en bateau sur le fleuve, un show gratuit dans le centre-ville, une nuit sous les étoiles. T’aurais pu y aller, mais rendu a 16 h t’avais pu envie de t’habiller, ni de marcher dans la chaleur, l’idée de la foule te donnait un peu la nausée. En vacance, tu peux toujours te permettre de changer d’idée.

T’as testé 3 des 10 sangrias que tu voulais gouter, t’as vu les feux d’artifice une fois, un show d’humour gratuit d’un gars de la relève qui finalement est pas tant prêt, t’as marché le cartier latin, pis t’as rien vu des terrasses a couper le souffle qui se cache dans le grand Montréal, ça adonnait pas, trop seul, trop cher, trop chaud, trop tard. En vacance t’as le droit de revirer de bord. T’as donc opté pour les sushis du coin, sur ta terrasse, avec un vin blanc pis ton maillot encore mouillé par la baignade de l’après-midi. Quand t’as été tanné d’avoir les fesses humides té monté te changer pis tu tes finalement endormi toute nue sur lit. 10 h 30 la soirée romantique était terminée. En vacance c’est comme ca, t’as le droit de te coucher quand té fatiguée.

T’as mis plus d’argent sur les matelas de piscine, que sur le prix d’entrée d’une exposition, t’as usé plus ton air conditionné que les semelles de tes Puma, t’as acheté toutes les crèmes glacées en vente à 1 $ au IGA pis ça t’a couté plus cher que 2-3 sorties au chocolat favori. Mais en vacance, c’est toi qui choisit.

J’me souviens aussi que tu voulais en profiter pour dormir le matin, te lever passé 10 h ben c’est jamais arrivé. Les kids t’ont réveillé en se préparant pour le boulot, les chiens ont jappé pour sortir, faque tu t’es levée chaque matin à 7 h, en te disant qu’il faudrait ben arroser les fleurs. Ensuite, t’as vider le lave-vaisselle, fait une brassée de serviette, un autre de bobette, checké une couple de recettes, lavé le planché pis ta fini la soirée avec une pizza surgelée parce que t’avais trop chaud pour cuisiner. Tu t’es dit qu’en vacance, t’avais ben le droit de faire comme bon te semble.

Ce matin tu t’es levée en te disant que c’était ta dernière journée. Ton bilan est quand même positif, la prochaine Visa va te le confirmer. T’as passé quelques week-ends avec des chums au chalet, célébré avec la famille, visité quelques attractions, mais demain, c’est le retour à la réalité. Soudainement, y’a un festival en ville qui te tente, la mangue pour la sangria que ta pas essayée est en vente, pis le temps s’est rafraichit, t’aurais envie d’aller marcher. Ben c’est déjà fini, faut penser au ménage à faire après de longues journées au bureau, cuisiner de vrais repas, pis l’horaire sur le frigo est tellement rigide que tu peux rien modifier. Tu viens de comprendre que les fleurs qui restent devront s’arranger au gré des averses.

Il reste deux longs week end avant novembre, tu veux aller aux pommes, faire un gros bouilli de légumes frais, couper les vivaces, fermer la cour la mettre en mode plate, aller marcher dans les couleurs, pis essayer 5 recettes de fondue, 2 recettes de tartes pis un potage avec la courge que t’as regardé pousser tout l’été, la seule chose que t’as plantée en te disant que les écureuils seraient incapables de la trainer.

C’est le grand retour à la réalité, c’est le grand retour du métro-boulot-dodo, du trafic pis des restants de brochettes réchauffées pour diner. Il fait encore beau, mais tu dois aller au bureau, faire tes cheveux, te maquiller, tu t’ennuies déjà de ton maillot. Tes vacances sont finies, les kids rentrent à l’école, les activités sportives vont recommencer, pis sans même t’en rendre compte tu vas compter les semaines avant Noël. L’été s’envole, il reste même plus de crèmes glacées.

On est rendu là, demain c’est ce fameux moment où j’enfile mes jeans en me demandant si je vais réussir à les attacher, Miss Rebelle.

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