Si tu crois que..

Si tu crois que t’en aller loin, c’est être libre, que toujours sourire c’est être heureuse, si tu crois qu’être en couple veut dire être aimée, et qu’être belle veut dire se respecter, tu passes beaucoup trop de temps sur Instagram.

La vérité c’est que celui qui part à l’aventure en parcourant des milliers de kilomètres est peut-être prisonnier d’un mal qu’il cherche à fuir, comme celui d’un vide à combler. Il semble heureux dans les rues des villages, en plein cœur des marchés, sur les longs quais ou tout en haut des montagnes, on l’envie pour ses aventures à raconter, mais si on connaissait vraiment la raison de ses exils, on envierait peut-être moins ses cartes postales.

Celui qui sourit sans cesse cherche sans doute à cacher cette partie de lui qui souffre en silence, incapable de l’exprimer. Peut-être ne veut-il pas inquiéter ou sembler faible, peut-être veut-il seulement ne pas voir sa propre réalité. Quoi de mieux pour dissimuler son mal que de sourire à pleine dent, quoi de mieux que d’avoir l’air heureux en tout temps…

Et ce couple merveilleux qui publie l’amour sous toutes ses formes, un regard tendre, des mains enlacées, un baiser si intense qu’il en devient gênant de l’admirer. Tu as vu ces photos toi aussi, tu les envies. Tu ajoutes un cœur dessus en espérant que ça t’arrive un jour. Mais l’amour c’est aussi ne pas se sentir écouter, se sentir délaisser, craindre si fort de le perdre qu’on choisi d’y mettre fin, afin de se protéger, convaincue qu’un jour la belle histoire va se terminer. La réalité c’est qu’un jour il va dire oui, toi tu vas dire non, vous allez vous poigner, tu vas pleurer, il va sacrer pis s’en aller chez des amis pendant que tu vas rester en petite boule dans ton lit.

Pis celle que t’envie pour sa grande beauté, ses beaux vêtements griffés, ses cils de la mort, crois tu vraiment qu’être incapable de se trouver belle sans cache-cerne, sans spray tan, sans make-up, c’est se respecter, crois tu vraiment qu’être prisonnière d’un masque de beauté c’est être bien avec soi-même?

La société veut des gens indépendant, libre, heureux, beaux, amoureux, la société veut des gens en santé, qui s’alimentent bien, qui s’entrainent, seuls, en couple ou avec un beau gros chien. On carbure tous aux belles familles parfaites, aux grossesses faciles, on veut tous être minces, à la mode, avoir la job du siècle, on veut ce moment de popularité qui nous rend famous devant la réalisation d’un exploit ou d’un nouvel achat.
O
n croit qu’il est facile d’être libre, de parcourir le monde entier, on croit qu’il est juste de se payer une grosse bagnole, on croit qu’il est important d’avoir le plus d’amis, la plus belle histoire d’amour à raconter et le pire c’est qu’on laisse cette réalité trafiquée à nos enfants qui suivent la tendance, essoufflés trop jeunes devant la cadence.

On leur montre le chalet en disant de se méfier du crédit, on leur montre la beauté maquillée en leur disant de s’aimer au naturel, on leur montre l’amour en leur disant de se méfier, et on affiche toujours but gagnant en disant que l’important c’est de participer.

Shit, après ça on se demande pourquoi on cherche une psychothérapeute disponible le mardi soir ou le jeudi soir parce que les autres soirs on court après la pratique, l’esthétique, pis le gym, on veut pas être pris avec ça le week-end pis on voudrait un rendez-vous pas trop tard parce qu’on est épuisé pis on veut se coucher avant 10 heures. “C’est pour le p’tit, y’é stressé, il s’endure pu, pouvez-vous régler ça en une demie heure ?”

Qui va oser “checker in” dans le bureau du psy avec un selfie devant la pancarte à l’entrée ?

Ils sont où les jeunes qui sont pas admis au cégep, ceux qui sont pas pris dans l’équipe, ceux qui braillent toute la nuit après une peine d’amour, ceux qui échouent l’examen de conduite, ceux qui comptent dans leur propre but, ils sont où les kids indécis qui savent pas où aller ni par où passer, c’est la vie ça aussi pis si on l’acceptait au lieu de le cacher, si on publiait ça aussi, y’en aurait peut-être pas de psychothérapie. Quand on leur enseigne à se relever après un échec mais qu’on cache qu’ils ont échoué, c’est quoi le message..

Si j’affichais ma vraie vie, je vous montrerais ma vraie face du vendredi, écrasée morte dans mon divan, cerné, les cheveux gras, endormie avant même le repas, je vous montrerais mon snack au restaurant en citant que je l’ai partagée à deux pour sauver un peu d’argent. Je vous dirais que, des fois, mes deux ados me rendent folle, que mon chum m’énarve, que mes parents m’inquiètent. Au lieu de publier des photos avec ma gang de filles, je vous dirais que certains samedis j’ai envie de voir personne parce que j’ta boutte de toute, je vous montrerais mon chien qui vient de pisser sur mon divan. Je vous révèlerais les 4 pages de ma facture de carte de crédit pis le p’tit cinquante piasses qui reste jusqu’a la prochaine paye. Y’aurait des boules de poil qui roulent sur mon plancher de salon, des pissenlits sur mon gazon, pis des craques dans mon asphalte.

Je pense que si on m’avait montré cette réalité plate quand j’avais vingt ans, si on avait fait un film futuriste où tous les habitants d’une planète vivaient sous le règne de la performance, la réussite, et de la perfection, j’aurais trouvé ça triste pis j’y aurais pas cru vraiment. Je pense que j’aurais trouvé ça ridicule de voir les gens vivre avec autant de pression pis j’aurais conclut que c’est vraiment platte les films irréalistes de science-fiction. Miss Rebelle

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