Ta cape de superhéro

J’ai envie de vous parler de la cape de super héros qu’on porte souvent, celle qu’on assortit à nos tailleurs le jour au bureau, celle qu’on porte avec nos jeans le soir pis celle qu’on met par dessus notre mou la fin de semaine.
Ben moi des fois, j’ai juste envie de la rouler en boule pis la foutre au fond du 3e tiroir avec les bas de pyjama rendus trop courts. C’est juste qu’une cape de super héros, ça peut devenir lourd.

J’me cache en dessous quand je men fais pour les kids, comme si c’était une vieille camisole avec des trous. Je m’en sers aussi quand je veux cacher le stress d’une carte de crédit, quand j’me sens coupable, triste, ou que je vis de l’injustice. Une cape de super héros, c’est parfait pour quand j’ai envie d’être belle, mais qu’en dedans j’me sens vieille, quand je veux être forte, mais qu’en dedans j’ai la chienne, quand j’aurais envie de dire non, mais que je dis oui, sous une cape de super héros, ya rien qui te trahit.

Malgré cette belle illusion d’être toujours à a hauteur, j’ai besoin d’être vulnérable pour savoir comment me protéger des intempéries, si je dissimule toute ma fragilité, qui va m’encourager ? Qui va s’apercevoir que je baisse les yeux quand on me regarde, qui va remarquer que je marche le dos courbé. J’ai besoin de sentir que je suis fatiguée si je veux du répit. J’ai besoin de te le dire pour que tu viennes en renfort, que tu me dises que je peux aller me coucher, que tu vas t’occuper des devoirs pis du souper. Sous ma cape d’invincibilité, tu vois pas les cernes sous mes yeux, tu vois pas que je suis trop épuisée pour faire mes cheveux, tu vois seulement que je m’occupe de tout, que je continue à tenir le fort sans demander de renfort.

J’ai besoin que tu saches que j’arrive pu dans mes dossiers, questions que t’arrêtes un peu d’en rajouter. Moi j’allonge mes journées, je rajoute des heures en dépit de ma santé, toi tu vois pas parce que sous ma cape j’ai de l’énergie a revendre, j’ai plein de projets à proposer, pis sous ma cape j’ai plein plein de temps à te donner pour t’aider, mais quand je l’enlève en rentrant dans le char, j’ta boutte pis j’ai comme envie de démissionner parce que j’me trouve incompétente pis mal organisée.

Quand je sors ma super cape le samedi soir pour aller souper, tu comprends pas combien j’envie la gardienne qui va s’échouer sur mon divan a écouter des films, enroulée dans ma doudou préférée. Honnêtement, j’y donnerais 50 $ pour prendre sa place. Avec ma cape, j’te dis pas que j’ai juste envie de bouffer deux toasts au Nutella en pyjama pour oublier que les paniers de linge sale débordent, que j’ai envie de laisser la vaisselle s’accumuler dans l’évier, envie de prendre une année sans solde.

Sur une cape de super héros, y’a pas de manche pour ranger ses vieux kleenex, y’a de poche pour 2 advils, y’a pas de capuchon pour se cacher la face, y’a juste ben de la place pour tout accumuler, tout empiler pis donner l’impression qu’on peut vraiment tout supporter malgré le poids sur notre dos. J’me demande des fois si Super Woman a besoin de somnifère pour sur surmonter ses journées.

Je veux pas être un super héros, je veux pas que tu penses que je suis inébranlable, que je reste forte malgré les imprévus.

Ca fesse fort des fois la vie, ça blesse, ça remet en question, ça culpabilise, ça détruit aussi. C’est là que les gens autour disent qu’ils n’auraient jamais pensé, jamais imaginé qu’un tel était si mal en point, c’est là que les collègues pis la famille tombent sur le cul, ça arrive quand on enlève la cape après l’avoir porté trop longtemps pis qu’on se retrouve subitement flambant nu.

J’ai rangé ma cape, j’ai décidé de te dire que des fois, j’ai simplement besoin de me laisser m’écrouler, de pleurer, pis de bouffer de la crème glacée avec un grosse cuillère en écoutant un vieux film que je connais par cœur pis qui me fait encore pleurer.

On a beau dire qu’il faut être fort, être courageux pis persévérer, on a beau dire qu’il faut pas se plaindre pis que ça pourrait toujours être pire, mais se laisser la chance de flancher un peu, se donner le droit d’avoir peur, d’hésiter, de regretter ou d’être fatiguée, c’est, des fois, plus héroïque que jouer la carte de l’invincibilité. Miss Rebelle

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