Bell cause pour la cause

Bell cause pour la cause, un beau mouvement, mais après…

Après il reste la voisine qu’on traite de sociopathe, il reste l’ex qu’on traite de crisse de folle, il reste le rendez-vous Tinder qui se finit avec « c’est un esti de débile, c’t’un fou ce gars-là ». Après il reste la nouvelle employée de qui on jase dans la salle à café en disant que c’est une déséquilibrée parce qu’elle choisit de manger toute seule dans son bureau, il reste le gars de l’entretien qu’on juge à grand coup de désaxé sexuel pis qu’on part la rumeur qu’il faut pas être seul avec lui dans l’ascenseur. Il reste la petite nièce qui fait jaser parce qu’elle est mêlée dans son orientation sexuelle pis qu’on se demande si elle est pas fuckée dans sa tête.

Bell cause pour la cause pendant une journée, une journée où vous cliquez des vidéos, mettez un joli cadre thématique à votre photo, mais le lendemain on fait quoi ? Le lendemain, on dit que le beau frère qui vient de se séparer a un trouble d’adaptation parce qu’il braille en bouffant de la crème glacée, que son gars qui joue au hockey est un esti d’anxieux, que sa mère qui sait pu où donner de la tête est probablement bipolaire. Le mouvement veut qu’on parle de santé mentale, moi je trouve qu’on en parle pas mal, mais pas de la bonne façon.
Tsé, ton amie, la grande, elle est bizard, d’après moi elle est TPL esti, pis l’autre, la petite qui venue souper, c’est clair qu’elle est anorexique elle a rien mangé, je pense qu’elle s’automutile en plus, elle a l’air suicidaire cette fille-là, tu devais te distancer..

C’est beau ça..

C’est facile de s’afficher dans le mouvement Bell cause pour la cause, ça coute rien, c’est Bell qui paye. Si on avait ramasser de l’argent au coin de la rue chez vous, j’pas certaine que vous auriez donné pour la cause, quand une fondation de votre région fait un souper spaghetti pour ramasser des fonds on dirait que c’est pas pareil, quand les ressources communautaires ont besoin de bénévoles, quand on organise une course au profit de la schizophrénie… êtes-vous encore là ?

C’est beau de mettre sa photo dans un cadre pour que Bell verse 5 cennes de plus, mais après il reste quoi ? il reste la fille du 5e en dépression depuis des semaines de qui ont dit qu’elle veut juste profiter du soleil toute la journée, il reste celui qui prend des distances de ses chums pis qu’on dit qu’il est associal, il reste celle qui refuse ton invitation parce que son gars est autiste pis chaque fois, ton chum lui demande si le kid est normal.

On avance, on parle ouvertement maintenant qu’on voit un psy, avant c’était tabou, on parle librement que le mardi soir on va à sa thérapie, on se renseigne à une collègue pour les effets secondaires du Prozac ou du Seroquel. On connait maintenant des gens d’influence qui ont révélé être aspergers ou histrioniques, on est moins gêné de dire qu’on va prendre congé parce qu’on est en pleine crise d’anxiété ou de panique.

Y’a pas si longtemps, tout ça se résumait à être fou, alors qu’aujourd’hui, j’ai peur un peu quand je m’entends dire qu’on dirait que ça fait partie de la normalité. Y’a une partie de tout ça qui me fait peur comme si ça devenait trop courant, trop facile de diagnostiquer. Il faut laisser de la place au fait que si ta fille mange pas c’est juste qu’elle a pas faim, que si tu dors pas, c’est peut être parce que tu t’endors avec ton cell pis ton chien, faut croire encore que té juste stressé pis ça va passer, que ton désaccord c’est pas nécessairement un trouble d’opposition avec provocation, que ta colère est pas un trouble d’impulsivité, que les marques sur tes bras viennent peut être de ton chat, que si tu choisis de pas affronter quelque chose dans ta vie c’est juste que té pas prête, c’est pas que té déconnectée de la réalité.

Faut continuer de se dire aussi que si té fatiguée mentalement, que té à boutte, faut peut être juste que tu lâches un boutte, quand l’horaire sur ton frigidaire ressemble à l’agenda d’un premier ministre, t’as peut être pas nécessairement besoin d’anti anxiolytique ou de somnifère, tas peut être juste besoin d’alléger un peu tes activités, d’aller prendre l’air.

Quand je mets une situation de côté, on me dit que je suis dans le dénie, quand je vois des situations là où y’en a pas, on dit que je souffre de paranoïa, quand je me protège pis que j’m’en mêle pas, on me dit que je suis narcissique,

shit, j’m’en sors pas.

Pis tsé, à ben y penser, ton ex c’était pas une crisse de folle, elle était juste pas faite pour toi, ta belle sœur souffre pas d’un trouble de personnalité limite, c’est juste qu’elle te trouve un peu cave, ta nièce est pas fuckée dans sa tête, elle est juste en train de chercher sa place, ton dernier Tinder c’est pas un esti de fou pis en passant, rendu chez lui, il a dit a son colloc que c’était toi l’esti de névrosée,

tsé, on sen sort pas..

Faut juste pas juger, pas diagnostiquer, pas s’accuser d’être profiteur ou faible, pas partir de rumeurs ni sauter aux conclusions comme si on était tous des spécialistes. On a causé pour la cause, partagé les vidéos, encadré notre belle photo, Bell a remis quelques millions à notre nom au profit de la santé mentale, des vedettes sont sorties de l’ombre pour accélérer le courant, on a participé, pris part au mouvement, mais là, aujourd’hui, on fait quoi, pis demain, on participe comment, Miss Rebelle

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